Gestion des mauvaises herbes pour réduire les risques liés aux pesticides

Les options en une seule saison

Cultures couvre-sol

La culture de couverture présente de nombreux avantages dans les systèmes culturaux, dont l’un des plus importants est incontestablement l’élimination des mauvaises herbes. Les espèces de couverture cultivées avec la culture principale sont parfois appelées cultures d’étouffement ou paillis vivants. Les espèces de couverture peuvent également être cultivées avant ou après la saison de croissance, permettant ainsi l’élimination des mauvaises herbes et offrant d’autres avantages en dehors de la saison de croissance.

Cultures de couverture hors saison

Les cultures de couverture peuvent offrir de nombreux avantages aux systèmes culturaux chaque fois que les cultures principales ne recouvrent pas le sol. Cela peut précéder le semis de la culture principale et suivre la récolte de la culture principale ou encore remplacer les jachères d’autres années. Les cultures de couverture peuvent englober les légumineuses fourragères et les herbacées, de même que les céréales d’automne et d’hiver.

En tant que remplaçantes des jachères, les cultures de couverture permettent de lutter efficacement contre les mauvaises herbes tout en assurant l’abri du sol. Dans une étude menée en Alberta, on a évalué des cultures céréalières de couverture sous l’angle de leur effet sur les mauvaises herbes dans une alternance blé-jachère. Dans des conditions de croissance favorables, une culture de seigle d’automne de couverture de courte durée a permis de lutter contre les mauvaises herbes parallèlement à des opérations de travail du sol à l’automne et au printemps, ou à l’application d’herbicides au printemps. Le blé d’automne permettait également de lutter efficacement contre les mauvaises herbes, ce qui n’était pas le cas du seigle de printemps. Le rendement du blé après des cultures céréalières de couverture d’hiver sans autres mesures de lutte contre les mauvaises herbes était analogue au rendement du blé sans travail du sol ni application d’herbicides pour lutter contre les mauvaises herbes (Moyer et coll., 2000).

On peut planter du seigle d’automne et d’autres cultures de couverture comme paillis mort dans l’agriculture à faible niveau d’intrants et les systèmes de culture biologique des légumineuses. Dans le cadre de recherches préliminaires, des chercheurs de l’Université du Manitoba ont constaté qu’un paillis de seigle d’automne réduisait nettement les mauvaises herbes dans les haricots, mais également le rendement des haricots (Flood et Entz, non publié), tandis que des recherches préalables réalisées durant une année très humide ont révélé que le rendement des haricots augmentait en présence d’un paillis de seigle d’automne, en particulier en l’absence d’herbicides. (Pour en savoir davantage, consulter la page Rye Cover Crops for PFP and Organic Pulse Production)

Les producteurs de soja biologique dans le Nord-Ouest du Minnesota utilisent le système suivant de paillis de seigle mort :

  • automne de la première année : semer le seigle d’automne en septembre;
  • printemps de la deuxième année : semer le soja dans une culture de seigle vivant à la fin mai (le seigle mesure environ trois pieds de haut);
  • juin de la deuxième année : après la floraison du seigle, utiliser une débroussailleuse pour couper le seigle. La hauteur de coupe doit être juste au-dessus du soja, qui mesure environ huit pouces de haut à ce stade;
  • ne pas utiliser une faucheuse à ailes pliantes ou une faucheuse rotative car ces engins ont tendance à laisser des résidus de paillis.

Parmi les limites de ce système, mentionnons le besoin d’humidité pour stimuler les cultures de seigle et de haricots et les options limitées de travail du sol durant la culture en raison de l’épaisse couverture de paillis.

Les espèces de couverture cultivées la même saison que la culture principale procurent les mêmes avantages en ce qui concerne l’élimination des mauvaises herbes que celles cultivées les années de jachère. La culture d’espèces de couverture après la récolte de la culture principale est une pratique relativement courante dans les régions du monde où la saison de croissance est plus longue. Le Sud-Est des Prairies canadiennes dispose de suffisamment de chaleur et de ressources hydriques pour la culture d’une espèce de couverture après la récolte des cultures à maturation précoce comme le blé d’automne (Thiessen Martens et Entz, 2001). Dans les régions des Prairies plus froides où la saison est plus courte, les cultures de couverture de fin de saison ne disposent sans doute pas de suffisamment de chaleur pour croître et offrir le moindre avantage.

Paillis vivants ou cultures d’étouffement

La culture d’une espèce de légumineuse ou de céréale de couverture parallèlement à la culture principale peut également contribuer à éliminer les mauvaises herbes durant la campagne agricole. Une bonne culture de couverture destinée à devenir un paillis vivant doit s’établir rapidement, tolérer la circulation au champ, la sécheresse et la piètre fertilité du sol et présenter de faibles coûts d’entretien (Paine et Harrison, 1993). Dans une étude de la documentation consacrée à ce sujet, Liebman et Dyck (1993) ont constaté que la grande majorité des études mentionnaient que les cultures d’étouffement éliminaient un plus grand nombre de mauvaises herbes que la culture principale à elle seule.

Il faut trouver l’équilibre entre l’élimination des mauvaises herbes et l’élimination de la culture, pour que le rendement cultural ne soit pas compromis par la concurrence de la culture de couverture. Le semis d’une culture principale dans une culture de couverture établie échoue généralement, étant donné que la culture de couverture est plus concurrentielle que la culture principale. En revanche, l’établissement de cultures de couverture chaque année peut être difficile et coûter cher. Une solution possible à ces problèmes consiste à mettre au point des cultures de couverture annuelles de semence comme la lupuline, contre laquelle on peut lutter avant de semer la culture principale et qui repoussent chaque année à partir des semences produites sur place. (Pour en savoir davantage, consulter la page Self-Seeding Cover Crops for Late-season Production: Black Medic.)

Recommandations

On peut cultiver des espèces de couverture pour remplacer les jachères, ce qui contribue à éliminer les mauvaises herbes et ce qui offre d’autres avantages.

Les cultures de seigle d’automne ou d’autres céréales de couverture peuvent être détruites par fauchage et servir de paillis mort pour la culture des légumineuses.

Des espèces de couverture de courte durée cultivées avant ou après la saison de croissance peuvent également contribuer à éliminer les mauvaises herbes.

Les espèces de couverture peuvent être cultivées parallèlement aux cultures principales comme cultures d’étouffement ou paillis vivants. Les annuelles de semences comme la lupuline peuvent être utilisées comme cultures de couverture de longue durée dans les systèmes de culture des céréales.

Bibliographie

Liebman, M. et E. Dyck. 1993. Crop rotation and intercropping strategies for weed management. Ecological App. 3: 92-122.

Moyer, J.R., R.E. Blackshaw, E.G. Smith et S.M McGinn. 2000. Cereal cover crops for weed suppression in a summer fallow-wheat cropping sequence. Can J. Plant Sci. 80: 441-449.

Paine, L.K. et H. Harrison. 1993. The historical roots of living mulch and related practices. HortTechnology 3:137-143.

Thiessen Martens, J.R. et M.H. Entz. 2001. Availability of late-season heat and water resources for relay and double cropping with winter wheat in Prairie Canada. Can. J. Plant Sci. 81:273-276.