Gestion des mauvaises herbes pour réduire les risques liés aux pesticides

Les options en une seule saison

Les cultures et cultivars concurrents

Les plantes de grande culture concurrencent les mauvaises herbes de façon variable. Même au sein d’une même espèce, différents cultivars peuvent avoir différentes capacités de concurrence. En général, la capacité de concurrence d’une culture dépend de l’accès qu’elle a à certaines ressources comme la lumière, l’eau et les éléments nutritifs. On peut l’assimiler à la capacité d’une culture à tolérer l’invasion des mauvaises herbes et à maintenir son rendement ou à éliminer la croissance des mauvaises herbes et la production de graines.

On ne connaît pas toujours clairement les caractères des végétaux qui rendent une culture concurrentielle; dans la plupart des cas, c’est probablement une association de caractères qui entre en jeu. En règle générale, les cultures affichant une croissance vigoureuse qui réduit la qualité et la quantité de lumière sous le couvert végétal sont les plus concurrentes (Buhler, 2002). Parmi les caractéristiques qui influent sur la capacité de concurrence d’une culture, mentionnons :

  • la germination et la levée rapides;
  • l’accumulation rapide de biomasse et la couverture végétale;
  • les caractéristiques des feuilles – l’indice foliaire, la longueur et l’angle de la dernière feuille;
  • la structure du couvert – aptitude à intercepter la lumière;
  • la capacité de tallage;
  • la hauteur.

En plus de se disputer la lumière au‑dessus du sol, les végétaux se disputent l’eau et les éléments nutritifs sous la surface du sol. Les caractéristiques souterraines qui font qu’une culture est concurrentielle sont mal comprises, mais il semble que les cultures dotées d’un système racinaire plus étendu soient plus concurrentielles (Mason et Spaner, 2006).

Les cultures

Les cultures courantes dans l’Ouest canadien peuvent être classées selon leur capacité de concurrence, de la plus concurrentielle à la moins concurrentielle, comme suit :

seigle > avoine > orge > blé > canola > pois > soja > lin > lentilles (Blackshaw et coll., 2002).

Ce classement n’est pas forcément le même dans toutes les régions ou sous toutes les conditions de croissance. D’autres sources mettent l’avoine à égalité ou à un niveau de concurrence inférieur à celui du blé (Frick, 2000). Le canola passe pour un piètre concurrent en début de saison et pour un excellent concurrent plus tard dans la saison. Les légumineuses sont généralement de piètres concurrentes et les cultures plantées à l’automne sont généralement plus concurrentielles que celles plantées au printemps.

Le choix d’une culture concurrentielle est une façon d’empêcher la croissance des mauvaises herbes et la production de graines sans trop risquer de sacrifier le rendement cultural. Des chercheurs du Montana ont comparé la croissance et la production de graines de folle avoine dans des cultures de blé et d’orge et ont découvert que l’orge éliminait la folle avoine beaucoup mieux que le blé. Au moment de la récolte, la culture d’orge comptait environ moitié moins de plants de folle avoine que la culture de blé, tandis que la biomasse et la production de graines de folle avoine étaient inférieures d’environ 50 % dans la culture d’orge par rapport à la culture de blé (Lanning et coll., 1997). Cela s’explique sans doute par le fait que l’orge intercepte mieux le flux lumineux que le blé.

Cultivars concurrentiels

Les variétés culturales varient considérablement dans leur capacité à concurrencer les mauvaises herbes. Même si les variétés ne sont pas mises au point en fonction de leur capacité de concurrence, certaines d’entre elles concurrencent mieux les mauvaises herbes que d’autres. Les cultivars peuvent également se comporter différemment dans différentes régions et conditions de croissance, si bien que le cultivar le plus concurrentiel dans un cas peut l’être moins dans un autre (Blackshaw et coll., 2002). Certains éléments donnent à penser que certaines variétés, souvent les plus anciennes, résistent mieux à un milieu très stressant comme une sécheresse ou un sol peu fertile (Mason et Spaner, 2006). Il importe également de rappeler que les cultivars les plus concurrentiels ne sont pas toujours ceux qui ont le meilleur rendement. Tous ces facteurs peuvent influer sur le choix des cultivars utilisés pour réduire l’utilisation d’herbicides.

Même si les variétés de céréales plus hautes concurrencent mieux les mauvaises herbes que les variétés plus courtes ou naines, une étude a démontré d’importants écarts dans une classe de hauteur au chapitre de la capacité de concurrence (Watson et coll., 2006). Dans la même étude, les variétés d’orge mondé étaient plus concurrentielles que les variétés à grain nu. Les variétés de canola hybride ont une croissance plus vigoureuse en début de saison que les variétés à pollinisation libre, ce qui les rend plus concurrentielles par rapport aux mauvaises herbes. Les cultivars de pois à longs sarments et dont le couvert se développe rapidement concurrencent mieux les mauvaises herbes que d’autres cultivars (Blackshaw et coll., 2002; Nazarko et coll., 2005; Mason et Spaner, 2006)

Cultures et cultivars destinés à la production biologique

En agriculture biologique, la capacité de concurrence d’une culture ou d’un cultivar devient un facteur éminemment important. Les populations de mauvaises herbes sont généralement plus hautes et la lutte chimique n’est pas une option. Les niveaux de fertilité du sol sont également généralement inférieurs, ce qui compromet le rendement cultural ainsi que la croissance des mauvaises herbes.

Les cultivars de grains modernes sont sélectionnés en fonction de leur rendement élevé, de leur qualité et de leur résistance aux insectes et aux maladies. Les études sur la sélection des plantes sont généralement menées dans des conditions de croissance conventionnelles et sans mauvaises herbes, ce qui crée un milieu relativement peu stressant pour la croissance des plantes cultivées. Ces cultivars ne sont donc peut-être pas aussi bien adaptés aux conditions de croissance que l’on rencontre généralement dans les exploitations biologiques.

Certains éléments donnent à penser que certains cultivars, souvent les plus anciens, sont mieux adaptés aux systèmes culturaux à faible niveau d’intrants (Mason et Spaner, 2006). Une étude comparant des variétés de blé traditionnelles et modernes soumises à une culture biologique a montré que le blé Red Fife avait le meilleur indice de moisson et le meilleur rendement dans des parcelles envahies par les mauvaises herbes, alors qu’un cultivar moderne affichait le meilleur comportement dans des parcelles sans mauvaises herbes, ce qui porte à croire que le blé Red Fife concurrence mieux les mauvaises herbes (Evans et coll., 2004).

Il existe également des variétés modernes qui se comportent bien dans les systèmes biologiques. Les recherches menées à l’Université du Manitoba ont démontré que dans un système de culture biologique, le blé AC Barrie (moderne) et le blé Marquis (traditionnel) affichaient un piètre comportement, alors que le blé 5602HR (moderne) et le blé Red Fife (traditionnel) affichaient un rendement élevé et une bonne résistance aux maladies (Pridham, 2006). (Pour en savoir davantage, consulter le site Cultivar Mixtures, Cover Crops, and Intercropping with Organic Spring Wheat)

Recommandations

La culture d’une récolte concurrentielle comme le seigle d’automne, le blé d’hiver, le triticale d’hiver et l’orge multiplie les chances de ne pas avoir à utiliser d’herbicides pour lutter contre les mauvaises herbes.

Une culture concurrentielle peut réduire les populations de mauvaises herbes dans un champ et créer de meilleures conditions pour une culture moins concurrentielle l’année suivante.

Les cultivars qui présentent une vigoureuse croissance en début de saison et qui couvrent le sol rapidement concurrencent généralement mieux les mauvaises herbes.

La capacité de concurrence de différentes cultures et de différents cultivars peut varier selon la région, les conditions de croissance, le système cultural et d’autres facteurs. C’est pourquoi il est important que les agriculteurs consignent leurs observations par écrit et tirent les enseignements de leur propre expérience de différents cultivars.

Bibliographie

Blackshaw, R.E., J.T. O’Donovan, K.N. Harker et X. Li. 2002. Beyond herbicides: New approaches to managing weeds. ICESA.

Buhler, D.D. 2002. Challenges and opportunities for integrated weed management. Weed Sci. 50:273-280.

Evans, S., D. Patriquin et J. Scott. 2004. Small plot comparisons of phenology, yield, disease, and weed tolerance of three heritage and two newer cultivars of bread wheat under a high fertility organic regime in Eastern Canada.

Frick, B. 2000. Weed management. Pages 3-30 in Back to the basics: A manual for weed management on organic farms. Organic Producers Association of Manitoba, Virden, MB.

Lanning, S.P., L.E. Talbert, J.M. Martin, T.K. Blake et P.L. Bruckner. 1997. Genotype of wheat and barley affects light penetration and wild oat growth. Agron. J. 89: 100-103.

Mason, H.E. et D. Spaner. 2006. Competitive ability of wheat in conventional and organic management systems: A review of the literature. Can J. Plant Sci. 86: 333-343.

Nazarko, O.M., R.C. Van Acker et M.H. Entz. 2005. Strategies and tactics for herbicide use reduction in field crops in Canada: A review. Can. J. Plant Sci. 85:457-479.

Pridham, J.C. 2006. The effect of intercropping systems and cultivar mixtures on weed and disease suppression in organically managed spring wheat. Mémoire de M. Sc. Université du Manitoba, Winnipeg (Manitoba).

Watson, P.R., D.A. Derksen et R.C. Van Acker. 2006. The ability of 29 barley cultivars to compete and withstand competition. Weed Science 54:783-792