Gestion des mauvaises herbes pour réduire les risques liés aux pesticides

Les options en une seule saison

Manipulation de la date d'ensemencement

Pour choisir la meilleure date de semis d’une culture, il faut tenir compte d’un grand nombre de facteurs, parmi lesquels les conditions de croissance que réclame la culture sélectionnée, la durée de la saison de croissance, les conditions d’humidité et de température du sol de même que la dynamique des mauvaises herbes au champ.

La manipulation de la date de semis pour lutter contre les mauvaises herbes consiste à tenter de renforcer la capacité de concurrence de la culture par rapport à celle des mauvaises herbes. Le moment de la levée des mauvaises herbes par rapport à la culture est le principal facteur dont il faut tenir compte, étant donné que les mauvaises herbes qui lèvent avant la culture concurrencent plus agressivement la culture que celles qui lèvent après. C’est pourquoi, pour manipuler les dates de semis afin de lutter contre les mauvaises herbes, il faut savoir quand et dans quelles conditions lèvent différentes mauvaises herbes.

Le semis différé permet souvent de lutter contre les mauvaises herbes à levée précoce comme la folle avoine. On peut conjuguer cette pratique à des opérations stratégiques de travail du sol dans une méthode appelée semis différé ou faux semis sur planches d’ensemencement (voir Travail du sol au printemps).

Le semis précoce est peut-être souhaitable lorsque les mauvaises herbes problématiques lèvent plus tard, comme la sétaire verte.

Résultats des recherches

Dans le Nord de l’Alberta, une rotation culturale sur six ans comportant un semis différé trois ans sur six a entraîné une diminution de 87 % des populations de folle avoine contre une baisse de 4 % dans une rotation blé-jachère (Principes et pratiques de l’agriculture commerciale, 1968).

Dans une autre étude menée en Alberta, en laissant pousser la folle avoine jusqu’au deuxième stade foliaire avant de la détruire soit par le travail du sol soit au moyen d’herbicides avant de semer du colza, on a obtenu de bons résultats moyennant une perte de rendement minime ou nulle (Darwent et Smith, 1985). Le fait d’attendre que la folle avoine parvienne au troisième ou au quatrième stade foliaire a permis une lutte efficace, mais moyennant une certaine perte de rendement.

Une étude réalisée au Manitoba sur l’avoine a montré que l’ajournement du semis du début mai à la fin mai avait pour effet de réduire considérablement les populations de folle avoine, sans rien sacrifier du rendement cultural (figure 1; Schoofs et coll., 2002).

Figure 1. Effet de la date de semis sur la densité de la folle avoine et le rendement de l’avoine. Adapté de Schoofs et coll. (2002)

Le semis différé peut néanmoins avoir des effets nuisibles sur le rendement cultural. Une étude menée sur l’orge a révélé que l’orge semée en début de saison (fin avril ou début mai) avait un rendement représentant entre 113 et 134 % de la moyenne du site, alors que l’orge semée tardivement (mi-juin) avait un rendement de seulement 54 à 76 % de la moyenne du site (Juskiw et Helm, 2003). On a constaté des résultats analogues avec l’avoine dans l’Est des Prairies (May et coll., 2004).

Une étude échelonnée sur quatre ans a été menée à Brandon, selon six rotations culturales avec des dates de semis variables et un nombre variable d’années d’application d’herbicides sur la folle avoine, comme on le voit ci-après.

Tableau 1. Rotations culturales utilisées dans une étude sur la lutte contre la folle avoine

Rotations Phase céréalière Phase du canola Phase céréalière Pois Herb fa Explication
R1 Blé p Canola p Blé p Pois 4/4 Rotation printanière type
R2 Blé p Canola p Blé a Pois 3/4 Rotation hivernale type
R3 Blé p Canola d Blé a Pois 2/4 Deux cultures d’automne
R4 Millet Canola p Blé a Pois 2/4 Diverses dates de semis dans la rotation printanière
R5 Millet Canola d Blé a Pois 1/4 Diverses dates de semis dans la rotation hivernale
R6 Seigle a/ millet des o Canola d Seigle a/ millet des o Pois 1/4 Dates de semis diversifiées et ensilage

herb fa = années d’application ciblée d’herbicides sur la folle avoine
Blé p = blé de printemps, blé a = blé d’automne, millet = millet commun, millet des o = « millet des oiseaux », canola p = canola de printemps, canola d = canola semé dormant à l’automne, seigle a = seigle d’automne cultivé comme fourrage vert

La quatrième année de la rotation, la cinquième rotation (millet – canola dormant – blé d’automne – pois) affichait la densité la plus élevée de mauvaises herbes et de folle avoine (tableau 2). Les rotations 4 et 5 étaient envahies par les mauvaises herbes en raison de l’absence de lutte contre les graminées adventices durant l’année du millet des oiseaux. La rotation 6 affichait les plus faibles quantités de mauvaises herbes à toutes les phases de la rotation, en raison de l’élimination des mauvaises herbes de la banque de graines grâce à la récolte précoce des céréales d’automne avant la plantation de la deuxième culture. Dans les secteurs humides des Prairies, le semis différé n’est sans doute pas une stratégie très efficace de lutte contre la folle avoine.

Tableau 2. Densité (plants/m2) des semis de folle avoine avant la pulvérisation durant la culture en 2003, soit la quatrième année d’une étude échelonnée sur quatre ans sur la lutte contre la folle avoine

Rotation Céréales après pois Canola Céréales après canola Pois Moyenne par rotation
R1 2,6 ± 0,3 20,1 ± 4,2 6,3 ± 1,2 23,9 ± 5,2 13,2 ± 2,8
R2 4,5 ± 1,1 26,0 ± 7,0 0,6 ± 0,6 8,0 ± 2,6 9,8 ± 3,0
R3 48,9 ± 16,5 23,6 ± 5,3 0,2 ± 0,2 6,6 ± 2,9 19,8 ± 6,3
R4 37,6 ± 14,2 59,5 ± 17,8 0,0 ± 0,0 24,0 ± 5,8 30,2 ± 7,7
R5 106,8 ± 22,6 14,8 ± 2,6 0,1 ± 0,1 16,6 ± 3,7 34,6 ± 12,1
R6 0,2 ± 0,1 0,0 ± 0,0 0,0 ± 0,0 1,1 ± 0,8 0,3 ± 0,2
Moyenne par phase 33,4 ± 9,1 24,0 ± 4,8 1,2 ± 0,5 13,3 ± 2,3  

Recommandations

Il faut éviter de semer durant la première vague de levée des mauvaises herbes au printemps.

Le semis précoce, avant la levée de la plupart des mauvaises herbes, peut donner à la culture un avantage concurrentiel sur les mauvaises herbes.

Le semis différé permet aux agriculteurs de lutter contre la première vague de mauvaises herbes à levée précoce avant de semer la culture.

Il ne faut pas différer le semis trop longtemps, sous peine d’une perte de rendement.

 

Bibliographie

Darwent, A.L. et J.H. Smith. 1985. Delayed seeding for wild oat control in rapeseed in Northwest Alberta. Can. J. Plant Sci. 65:1101-1106.

Juskiw, P.E. et J.H. Helm. 2003. Barley response to seeding date in central Alberta. Can. J. Plant Sci. 83:275-281.

May, W.E., R.M. Mohr, G.P. Lafond, A.M. Johnston et F.C. Stevenson. 2004. Early seeding dates improve oat yield and quality in the Ester Prairies. Can. J. Plant Sci. 84: 431-442.

Principes et pratiques de l’agriculture commerciale. 1968. Publié par la Faculté d’agriculture et d’économie ménagère, Université du Manitoba, Winnipeg (Manitoba).

Schoofs, A., M.H. Entz et W. May. 2002. The influence of seeding date and seeding rate on PFP oat production. Rapport de recherche non publié.