Gestion des mauvaises herbes pour réduire les risques liés aux pesticides

Les options en une seule saison

Densité de semis et écartement des rangs

Densité de semis

D’ordre général, plus une communauté végétale est dense, mieux la culture arrive à concurrencer les mauvaises herbes. Passé un certain stade, cependant, les avantages d’une communauté végétale plus dense ne justifient pas les coûts de semences supplémentaires, surtout lorsque ce coût est élevé. Par exemple, une étude menée en Alberta a révélé que le fait d’augmenter la densité de semis du canola au-delà de 150 graines/m2 réduisait la rentabilité du système (Upadhyay, 2006). Dans certains cas, toutefois, une densité de semis élevée permet aux agriculteurs d’éliminer l’application d’herbicides durant la culture ou de réduire les doses.

L’augmentation de la densité de semis peut également toucher d’autres éléments de la production agricole. On a la preuve qu’une densité élevée réduit les dégâts causés par l’altise aux plants de canola (Dosdall et Stevenson, 2005) et abaisse les infestations de mouche des racines, si bien qu’une densité de semis plus élevée peut présenter un avantage (Dosdall et coll., 2004). En revanche, une plus forte densité peut accroître la vulnérabilité au sclérotinia (Dosdall et coll., 2004). C’est pourquoi, avant de décider d’une densité de semis, il faut tenir compte des avantages réciproques.

Des études réalisées en Alberta ont porté sur le rapport entre la densité de semis d’une culture et les effets d’une diminution des doses d’herbicides pour lutter contre les mauvaises herbes. Le fait d’accroître la densité de semis de l’orge et du canola permet de bien lutter contre la folle avoine, la moutarde des champs et la renouée liseron avec entre la moitié et les trois quarts des doses homologuées, sans sacrifier le rendement cultural ni permettre aux mauvaises herbes de produire de grands nombres de graines. La réduction des doses d’herbicides a permis d’accroître les rendements nets de l’orge, mais pas du canola (O’Donovan et coll., 2001, 2004).

D’autres recherches sur l’orge ont également démontré qu’une densité de semis plus élevée augmente la capacité d’une culture à concurrencer les mauvaises herbes. Dans une étude, une densité de semis plus élevée de l’orge (280 pl/m2 contre 160) a réduit la survie des semis d’avoine, la production de biomasse et la production de graines (Scursoni et coll., 1999). Dans une autre étude, des chercheurs de la Saskatchewan ont constaté qu’une forte densité de semis de l’orge (150 kg/ha) réduisait la production de biomasse de folle avoine et avait tendance à éliminer également la moutarde des champs (Kirkland, 1993). Une étude réalisée en Alberta a montré que la folle avoine provoquait moins de pertes dans la culture de l’orge avec une densité de semis plus élevée, ce qui donne à penser que le semis de l’orge à une densité relativement élevée peut atténuer le besoin de lutter contre la folle avoine avec des herbicides (O’Donovan et coll., 1999).

La même tendance a également été observée dans le blé, même si celui-ci ne concurrence pas aussi bien les mauvaises herbes que l’orge. Des recherches menées au Montana ont montré que le fait d’augmenter la densité de semis du blé de printemps de 175 pl/m2 à 280 pl/m2 avait pour effet d’accroître de 12 % le rendement du blé (Stougaard et Xue, 2004), de réduire de 20 % la production de biomasse et de graines de folle avoine (Xue et Stougaard, 2002) et d’accroître les rendements économiques (Stougaard et Xue, 2005).

Certaines recherches ont également montré que l’augmentation de la densité de semis peut aider l’avoine à concurrencer les mauvaises herbes, en particulier la folle avoine. Dans une étude portant sur 18 expériences au champ dans six endroits de l’Ouest du Manitoba et de l’Est de la Saskatchewan, on a semé des graines d’avoine selon diverses densités, en visant des densités variant de 14 à 42 plants/pi2. Dans les expériences sans invasion de folle avoine, l’avoine cultivée parvenait à compenser la faible densité de semis et son rendement n’était nullement compromis. Comme l’illustre le graphique qui suit, les cinq densités de semis ont donné pratiquement le même rendement d’avoine, soit juste un peu plus de 120 bois/acre.

Le tableau est radicalement différent en présence de folle avoine. La plus faible densité de semis (14 plants/pi2) a donné un rendement de 84 bois/acre. En augmentant la densité à 21 plants/pi2, on a fait passer le rendement de l’avoine à 97 bois/acre. Toutefois, une hausse de la densité de semis (28, 35 et 42 plants/pi2) n’a pas donné des hausses de rendement correspondantes (voir graphique à gauche). Le rendement a atteint son apogée aux environs de 100 bois/acre, soit nettement moins que le rendement obtenu quand la folle avoine n’exerçait aucune pression (Bill May, communication personnelle).

Écartement des rangs

De nombreuses preuves donnent à penser qu’un moindre écartement des rangs conjugué à une densité de semis plus élevée peut contribuer à réduire la concurrence globale des mauvaises herbes. Certaines études montrent que des écartements très faibles (4 pouces) ou une densité de plantation uniforme peuvent maximiser le rendement des cultures céréalières à des densités de semis plus élevées (Kirkland, 1993; Weiner et coll., 2001). Cela étant dit, la densité de semis semble être un facteur plus important que l’écartement des rangs. Il devrait donc être possible de continuer d’utiliser le semis direct qui perturbe peu le sol sans ajouter un plus grand nombre de rayonneurs. Étant donné que la perturbation du sol peut faire grimper le nombre de mauvaises herbes et rallonger la persistance des graines de mauvaises herbes dans la banque, il se peut que certains rayonneurs soient contre-productifs (voir également Système de travail du sol). Le semis en lignes jumelées est sans doute un moyen d’accroître l’utilisation du lit de semences sans qu’il soit nécessaire d’ajouter un plus grand nombre de rayonneurs au matériel de semis; toutefois, l’impact du semis en lignes jumelées n’a pas encore été établi.

La manipulation de l’écartement des rangs dans les cultures généralement semées comme cultures en rangs (maïs, soja, haricot sec) peut également affecter la lutte contre les mauvaises herbes. Des recherches menées sur les haricots secs en Alberta ont révélé que le fait de réduire l’écartement des rangs à 8 pouces et d’accroître la densité de semis à 50 plants/m2 (contre 20) a pour effet d’augmenter les rendements et de mieux lutter contre les mauvaises herbes, ce qui permet de réduire les doses d’herbicides (Blackshaw et coll., 2000). Toutefois, ces rangs étroits sont plus vulnérables à la moisissure blanche.

Recommandations

Des densités de semis élevées renforcent généralement la capacité des cultures à concurrencer les mauvaises herbes jusqu’à un certain stade. Toutefois, une telle densité n’entraîne pas toujours des rendements économiques plus élevés, surtout lorsque les semences coûtent cher.

Avec des cultures concurrentielles comme l’orge, des densités de semis élevées peuvent supprimer le besoin d’appliquer des herbicides durant la culture.

Avec d’autres cultures, des densités de semis élevées peuvent permettre aux agriculteurs d’adopter des pratiques comme la diminution des doses d’herbicides (voir Doses réduites).

 

Bibliographie

Blackshaw, R.E., L.J. Molnar, H.-H. Muendel, G. Saindon et X. Li. 2000. Intergration of cropping practices and herbicides improves weed management in dry bean (Phaseolus vulgaris). Weed Technol. 14: 327-336.

Dosdall, L.M. et F.C. Stevenson. 2005. Managing flea beetles (Phyllotreta spp.) (Coleoptera: Chrysomelidae) in canola with seeding date, plant density, and seed treatment. Agron. J. 97:1570-1578.

Dosdall, L.M., G.W. Clayton, K.N. Harker, J.T. O’Donvovan et F.C. Stevenson. 2004. The effects of soil fertility and other agronomic factors on infestations of root maggots in canola. Agron J. 96:1306-1313.

Kirkland, K.J. 1993. Weed management in spring barley (Hordeum vulgare) in the absence of herbicides. J. Sustainable Agriculture 3:95-104.

O’Donovan, J.T., K.N. Harker, G.W. Clayton, J.C. Newman, D. Robinson et L.M. Hall. 2001. Barley seeding rate influences the effects of variable herbicides rates on wild oat. Weed Sci. 49:746-754.

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Scursoni, J., R. Benech-Arnold et H. Hirchoren. 1999. Demography of wild oat in barley crops: Effect of crop, sowing rate, and herbicide treatment. Agron. J. 91:478-485.

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Xue, Q. et R.N. Stougaard. 2002. Spring wheat seed size and seeding rate affect wild oat demographics. Weed Sci. 50:312-320.